mardi 16 septembre 2014

Au fond d'une mine à Potosi (6-8/8)

Bienvenue à Potosi, la ville la plus haute du monde! Nous sommes en effet ici à plus de 4000 mètres d'altitude. Heureusement vu qu'on débarque du Salar, on est déjà plus ou moins habitué à l'altitude. Et il nous reste toujours des feuilles de coca pour tenir le coup dans les petits moments de faiblesse. Nous nous installons dans une auberge de jeunesse du centre de la ville, et là, surprise: pour la première fois du séjour nous avons un chauffage dans la chambre, et en plus il fonctionne! Bref on fait le plein de chaleur, quel bonheur après notre expédition dans le sud Lipez.

En plus d'être la plus haute, Potosi fut aussi une des villes les plus riche du monde. Au 17ème siècle, c'était une ville aussi importante que Paris ou Londres! Cette richesse elle la doit au Cerro Rico, montagne dominant la ville, et qui s'est révélée être une des mines les plus fabuleuse de l'histoire, remplie d'argent et d'autres minerais précieux. Les colons espagnols exploitèrent de toute part cette mine (10.000 galeries, et plusieurs milliers d'entrées!!!) ce qui contribua largement à la richesse de la couronne espagnole. Aujourd'hui le centre de Potosi recèlent de très belles églises et bâtiments coloniaux, témoins de la splendeure d'antan de cette ville impériale.

Une des très nombreuses église du centre historique. On vous rassure on ne les a pas toutes visitées.
Un peu foid Claire?
Rue du centre
En arrière plan, le Cerro Rico, la fameuse montagne qui renfermait tant de trésor.
Claire, pensive, observe les différents clochers de la ville.
Les restes de déco de la fête nationale. Malheureusement quand on arrive, tout est déjà fini.
Après nous être baladé dans le centre historique, direction la Casa de Moneda, gigantesque bâtiment colonial où l'on transformait l'argent en pièces de monnaie. On a droit à une visite guidée sur le processus utilisé pour battre la monnaie. On découvre ainsi les gigantesques presses qui étaient actionnées par les esclaves.

Vue depuis la cour intérieure de la Casa de Moneda
Les presses que faisaient tourner les esclaves...à présent entourées de touristes
Le masque mi-souriant, mi-grimaçant, symbole énigmatique de la ville
Le lendemain nous décidons d'aller visiter une mine. Notre auberge propose en effet des tours, accompagnés d'anciens mineurs, pour nous permettre de rentrer dans les entrailles du fameux Cerro Rico. Au début on hésite un peu, parce qu'il s'agit tout de même d'une expérience un peu angoissante (faut pas être claustro!), et puis parce qu'on se pose la question de l'opportunité d'aller faire du tourisme dans des endroits où travaillent encore des mineurs dans des conditions extrêmes et où de nombreux d'entre eux y laissent la vie. Ça fait un peu safari voyeuriste sous terre, mais finalement notre curiosité l'emporte, et on embarque avec deux autres couples dans un mini-bus qui nous emmène jusqu'au quartier des mineurs.
Première étape: arrêt dans un magasin de mineurs pour acheter des cadeaux destinés à ceux qui nous rencontrerons dans le fond de la mine. Feuilles de coca (of course!), jus, dynamite (oui, il s'agit d'un des seuls endroit du monde où la dynamite est en vente libre... Avis aux amateurs!) et.. alcool à 97% (on nous conseille fortement d'en acheter car c'est ce qui fait le plus plaisir aux mineurs, et en plus on est vendredi, jour fortement arrosé). 

Notre guide nous explique quelques traditions propre au monde des mineurs. Par exemple, chacun d'entre-eux a sa petite bouteille d'alcool et fait une offrande à Pachamama, la déesse de la Terre, en versant quelques gouttes sur le sol. Ensuite le mineur en boit une rasade et le passe à son compagnon, et ainsi de suite jusqu'à ce que la bouteille soit vide. Ne voulant pas nous attirer les foudres de Pachamama juste avant d'entrer dans la mine, on s'exécute nous aussi. Mmh une bonne petite rasade de tord boyaux à 97%!!

Les femmes ne sont pas les bienvenues dans les mines, car elles portent malheur. Mais pour Clairon ils feront une exception (à condition qu'elle disent oui à tout ce que les mineurs pourraient lui demander...)

La tête de l'emploi?
Oui, définitivement, tu aurais pu être mineur dans une autre vie!

C'est ensuite le moment tant redouté: l'entrée dans la mine. On pénètre dans une galerie. Il fait très sombre (pas d'électricité ici, les mineurs travaillent encore comme il y a un siècle...) Très vite on se sent oppressés. La conduite n'est vraiment pas grande. L'air est chaud et moite, on sent que l'oxygène commence à se faire rare (sans oublier qu'assez paradoxalement bien qu'étant sous terre, nous sommes encore à 4000 mètres d'altitude...). On croise de temps à autre des mineurs, on entend au loin des explosions ou des chariots arrivant. On doit alors se pousser sur le côté pour éviter d'être écrasé par ces mastodontes de plusieurs tonnes. On s'enfonce encore 45 mètres plus bas sous terre en empruntant des échelles en bois, qui tiennent à peine, et en rampant dans des conduites minuscules. C'est extrêmement angoissant. Plusieurs personnes du groupe abandonnent et font demi-tour. On se rappelle les images de Germinal.... 

Une petite offrande au dieu de la Mine (aux beaux attributs). Des petits "temples" se trouvent dans chaque galerie. On lui offre de l'alcool, de la coca et des cigarettes. Pas très sain(t) tout cela mon dieu!
Mmh ça donne envie de s'y aventurer...
 
Mart un peu effrayé
Le genre de boyau dans lequel on doit ramper...
Galerie principale où passent les charriots. Dès qu'ils arrivent on doit rapidement se coller au mur.

On continue, et on débouche finalement dans une galerie plus large où nous rencontrons des mineurs en train de faire une pause. On s'assied avec eux, ils nous offre quelques gorgées d'alcool, et on leurs pose quelques questions sur leur vie, leur travail. La plupart d'entre-eux bossent dans la mine depuis leur adolescence. Fils de mineurs, la question de leur orientation professionnelle ne s'est pas posée. Lorsque nous les rencontrons, ils sont partis pour 24h de travail non-stop dans le fond de la mine. Ils ne mangent pas (à part des feuilles de coca) et ne boivent que du jus ou de l'alcool. Ces drogues leurs permettent de tenir le coup. Ils sont payés par rapport aux nombre de kilos qu'ils remontent: plus de filon d'argent ici, mais essentiellement de l'étain, ce qui apparemment rapporte plutôt bien... Ils sont conscients qu'un jour la mine va s'effondrer: percée de toute part depuis des siècles, la montagne est un véritable gruyère. Qu'à cela ne tienne, on continue a y creuser de toute part. Certains des mineurs ont notre âge mais sont déjà ravagés par l'alcool, la cigarette, la coca, la poussière,... On leurs offre nos cadeaux, et on repart par une autre galerie, les laissant retourner à leur dur besogne.

Rencontre 7 lieux sous terre.
Pause coca-alccol
Parmi nos petits cadeaux de la dynamite!! Ils ont explosé de joie.

Cette rencontre sous terre ne nous aura pas laisser indifférents. Voir des personnes travailler dans des conditions aussi extrêmes nous fait réellement prendre compte de la chance que nous avons...

Claire n'arrive même pas à faire bouger le charriot à vide (1 tonne tout de même). Dans la mine, ils sont 2 pour le pousser...rempli!

Soulagés d'être sorti de cet enfer souterrain!


1 commentaire:

  1. Nathalie Puttemans17 septembre 2014 à 13:17

    quelle différence de vie...c'est difficile de réaliser qu'en 2014,des hommes travaillent encore comme il y a un siècle chez nous.
    Impressionnant.

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